Lettre d'information n°3

Le blason de CorbenayBlasonnement

Parti de sinople et de pourpre, au cyclamor câblé sur lequel sont passants, à l’intérieur, trois lièvres réunis en abîme par les oreilles, chacun ayant une oreille en commun avec le précédent et le suivant, les trois oreilles formant un triangle renversé, le tout d’argent brochant sur la partition.

Timbre : Couronne murale à trois tours, d’or.

Devise : Varius sed unus (« Divers mais uni »)


Signification de la composition

Les trois lièvres, un symbole mystérieux aux origines lointaines


Le motif aux trois lièvres ayant les oreilles en commun est repris d’une pierre sculptée très ancienne aujourd’hui conservée chez un particulier. Selon une tradition mentionnée notamment sur une carte postale publiée vers le début du XXe siècle, cette pierre proviendrait de l’ancienne église. Reconstruite en 1828 à l’exception du clocher daté de 1776, l’église actuelle succède à un lieu de culte plus ancien. La pierre aux trois lièvres est bordée sur un de ses côtés d’un boudin qui suggère qu’elle faisait partie d’une arche, probablement de style gothique tardif (XVe- XVIe siècles). Cette date concorde avec celle de la réalisation des deux autres motifs similaires aux trois lièvres connus en Franche-Comté, à Anjeux (XVe- XVIe siècles) et à Luxeuil (XVe- siècle).

Rarissimes en Franche-Comté, les trois lièvres sont plus fréquents en Alsace, et assez répandus en Lorraine, notamment dans les Vosges. Situées aux confins septentrionaux de la Franche-Comté, les pierres de Corbenay, d’Anjeux et de Luxeuil sont à très peu de distance les unes des autres : cette concentration ne doit probablement rien au hasard.
- Les trois lièvres de la cité luxovienne figurent sur la clef de voûte du balcon de l’hôtel particulier du cardinal Jean Jouffroy, qui fut abbé de Luxeuil en 1449, avant de devenir évêque d’Arras en 1453, puis cardinal en 1461. D’après Jean-Pierre Jacquemart, le logis a été édifié juste après la nomination de Jean Jouffroy à l’abbatiat de Luxeuil, entre 1450 et1452. Il se trouve dans la proximité immédiate de l’abbaye.
- Les trois lièvres d’Anjeux sont sculptés sur la clef de voûte surplombant le chœur de l’église, édifice bâti pour l’essentiel aux XVe- XVIe siècles. Le village faisait alors partie de la terre abbatiale de Luxeuil.
- Si Corbenay n’a jamais fait partie de la terre abbatiale de Luxeuil dont elle est pourtant toute proche, plusieurs établissements monastiques ont possédé des droits seigneuriaux dans la localité : le prieuré lorrain d’Hérival et surtout les bénédictins de Fontaine-les-Luxeuil, dépendant de l’abbaye de Luxeuil. Le prieur possédait la justice haute, moyenne, et basse sur un tiers de la terre de Corbenay. Le reste dépendait de la seigneurie de Saint-Loup, terre de surséance entre Lorraine et Franche-Comté. L’église de Corbenay elle-même était autrefois une succursale dépendant de Saint-Loup, paroisse dont le patronage appartenait au prieur de Fontaine.

L’abbaye de Luxeuil et son satellite le prieuré de Fontaine semblent donc bien être à l’origine de la diffusion de ce motif sur le versant sud des Vosges, probablement facilité par la proximité de la Lorraine où le motif était bien connu à la fin du Moyen Age.

Sa signification précise n’est pas connue. Les recherches entreprises par une équipe de chercheurs anglais dirigés par Tom Greeves, couplées au travail d’inventaire mené sur le continent par Michel Terrier font ressortir une répartition du motif selon un axe est – ouest, de l’Asie centrale au sud de l’Angleterre. A la fin du Moyen Age, trois grands foyers semblent se dessiner : le sud de l’Angleterre, la Lorraine (ensemble auquel se rattachent les trois lapins comtois) et l’aire germanique. Toutefois, le motif est beaucoup plus ancien : les premiers exemples apparaissent sur des plafonds de monastères bouddhistes chinois et tibétains du VIIe siècle, avant de s’exporter dans le monde musulman. D’après Tom Greeves, c’est à la faveur du développement de la route de la soie au XIIIe siècle que le motif se serait diffusé en Europe : la répartition géographique des trois lièvres correspond bien à cet axe économique, tandis que la date d’apparition des plus anciennes représentations européennes correspond bien à l’essor du commerce avec l’Extrême Orient.

En Europe, ce motif a souvent été placé dans les églises, notamment sur les clefs de voûtes. Il est donc évident que l’Eglise catholique a donné à ce motif un sens symbolique nouveau, distinct de celui qu’il devait avoir en Asie. Son interprétation est délicate : faut-il y voir un symbole de la Trinité ? Mais dans ce cas, pourquoi est-elle incarnée par des lièvres ? Faut-il y voir un symbole de fécondité ? Mais alors, pour quelles raisons les religieux préconisent-ils de le faire figurer dans les églises ? Faut-il reconnaître un cycle symbolique évoqué par le mouvement circulaire des trois lièvres (roue du temps, succession des générations) ? En attendant la découverte de textes anciens qui nous livreraient le sens de ce motif, nous en sommes réduits à des hypothèses.

Un symbole adapté à Corbenay d’aujourd’hui

Le choix de ce motif comme emblème héraldique de Corbenay se justifie non seulement par sa présence ancienne dans le patrimoine du village, mais encore dans sa capacité à symboliser l’identité de la commune aujourd’hui.

En effet, ces trois lièvres en mouvement représentent fort bien, dans une interprétation contemporaine, la double identité de Corbenay, commune à la fois rurale (la course de lièvres évoque la campagne) et industrielle (le mouvement circulaire évoque celui des moulins d’autrefois et, par extension, celui des usines qui leur ont succédé). De plus, si on les représente en argent (blanc), on obtient l'évocation d'une broderie, savoir-faire local traditionnel.
 
Les trois lièvres se détachent sur un fond parti de sinople et de pourpre, c’est à dire divisé verticalement vert et violet. Le vert évoque la forêt qui occupe environ la moitié du territoire communal, et le violet le grès rose des constructions locales (église, chapelle, maisons...).
 
La couronne murale indique qu'il s'agit des armes d'une commune, et non d'une famille. Elle représente l'autonomie municipale.

La devise Varius sed unus, c'est à dire en français « divers mais uni », fait évidemment allusion aux trois lièvres qui sont à fois distincts et unis en un seul motif. Après consultation des habitants, c’est cette devise qui a été préférée à toute autre, afin de signifier que les Corbinusiens, bien que différents, vivent ensemble, en harmonie.

Alliant tradition et modernité, patrimoine et dynamisme, les armoiries de Corbenay contribuent à conférer une image éminemment valorisante de la commune.

Les armoiries et le présent texte explicatif ont été composés en 2008 par Nicolas VERNOT, membre associé de l’Académie Internationale d’Héraldique (vernotnicolas@gmail.com).
L’auteur tient à remercier le Dr Tom Greeves, historien et archéologue, spécialiste des trois lièvres, pour avoir eu l’amabilité de nous communiquer plusieurs de ses travaux sur la question (voir bibliographie).

 

 

Sources et bibliographie

Sur Corbenay et ses environs

[Coll.] La Haute-Saône. Nouveau dictionnaire des communes, t. I, Vesoul, p. 166-168 (Anjeux), t. II, Vesoul, 1970, p. 269-271 (Corbenay), t. III, Vesoul, 1971, p. 75-79 (Fontaine-lès-Luxeuil), t. V, Vesoul, 1973, p. 174-182 (Saint-Loup-sur-Semouse)
JACQUEMART, Jean-Pierre, Architectures comtoises de la Renaissance, 1525-1636, Besançon, 2007, p. 265.
SONET, Pierre (Dir.), Dictionnaire biographique de la Haute-Saône, t. II, Vesoul, 2005, p. 470-471 (Jouffroy).

Sur les trois lièvres

ANDREW, Sue, CHAPMAN, Chris,  GREEVES, Tom et TERRIER, Michel, Trois lièvres à oreilles communes [inventaire mis en ligne sous forme de blog], http://trois-lievres.skyrock.com/.
CHAPMAN, Chris, The three hares project,
http://www.chrischapmanphotography.com/hares/index.html
GREEVES, Tom, « The tinners’ rabbits – chasing hares ? », Dartmoor magazine n° 25, hiver 1991, p. 4-6.
Id., « The three hares. Dartmoor’s ancient archetype », Dartmoor magazine n° 61, hiver 2000, p. 8-10.
Id., « Three hares – a medieval mongol mystery », Devon today, avril 2001, p. 58-63.

 

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